BONS PLANS

Le parler lyonnais ou «Guide à l’usage des néo-lyonnais»

Il se peut que comme moi, arrivé(e) d’autres contrées, vous découvriez Lyon et sa région pour la première fois en vous installant ici. Il se peut aussi que vous vous soyez retrouvé-e dans ce genre de situation :

parler lyonnais

Bon, il semblerait que « Chaille » soit plutôt un terme importé du Dauphiné et qui veut dire « loin » (Perpète-lès-oies, quoi !), mais pour éviter ce genre de petits inconvénients, voici un petit guide non-exhaustif qui te permettra à toi, nouvel-le arrivant-e de faire ta place.

  1. LE / LA GONE

Vous avez vu « Le Gone du Chaâba » ? Bon, à part le fait que c’est un excellent film, c’est grâce à lui que j’ai découvert pour la première fois le mot gone.

Sa place de premier lui revient de droit. C’est sans doute un des premiers mots qu’on apprend en arrivant ici. Le Gone (en prenant bien l’accent lyonnais avec le O fermé de « rose ») est tout simplement l’enfant, le gamin. On peut l’utiliser au féminin et au masculin.

Pour en savoir plus sur la fascinante adaptation de la biographie d’Azouz Begag « Le Gone du Chaâba » :

  1. LE POT / LA FILLETTE

Je ne sais pas si cette deuxième place leur revient de droit mais à Lyon, on mange, on boit, et bien ! Du coup, quelques conseils pour boire à Lyon. Ici, on ne commande pas de pichet mais un pot. D’ailleurs, ce n’est pas la même chose.

Un pot contient 46 centilitres au lieu des 50 du pichet. Pour l’histoire, il semblerait que « les canuts avaient droit à 50 cl de vin payé par les patrons. Ces derniers firent réduire la contenance du pot de 50 cl à 46 cl. De cette manière il était donc possible de remplir, avec 1 litre de vin, 2 pots + le verre du patron* ».

Petit conseil niveau prononciation, à Lyon, quand on commande un pot de Côte du Rhône, on dit « un pod’cot’ ». Ok ? Toujours le même O fermé, bien sûr.

Et la « fillette » qui est sa petite sœur, contient 25 cl.

 

  1. LE CANUT

Le canut était, à la grande époque de la soie à Lyon, l’ouvrier qui la tissait. Pour information, son féminin, moins courant, est la « canuse ».
Par extension, à Lyon et particulièrement dans les quartiers des pentes et de la Croix-Rousse, le canut est aussi l’appartement dans lequel l’activité de tissage s’exerçait. Ces pièces devaient être très hautes pour pouvoir accueillir les énormes métiers à tisser.
De ce fait, la hauteur sous plafond avoisine souvent les 4 mètres et ceux-ci, pour soutenir le poids de ces énormes machines, sont composés de nombreuses poutres. On les appelle les plafonds à la française.

 

  1. LA TRABOULE

Toujours liée au passé de Lyon, la traboule est un passage piéton passant à travers des cours d’immeubles et qui permet en général un raccourci pour arriver sur les quais de Saône où étaient arrimés les bateaux qui transportaient la soie.
Véritable particularité lyonnaise, elles ont servies pendant la révolte des Canuts (1831) et plus tard pour la résistance durant la seconde guerre mondiale.
Il y en a de remarquables. Pour en savoir plus, je vous conseille ces 5 parcours de promenade : http://www.lyontraboules.net/parcours.php

 

  1. LA GÂCHE

En presqu’île et dans le premier en particulier, difficile de trouver une gâche. C’est une place (de parking dans ce cas précis).
Mais si j’ai un bon poste dans mon entreprise, c’est aussi une bonne « gâche ».
 

  1. BISTANCLAQUE

Toujours et encore lié au passé de la ville et à la soie, le « bistanclaque » vient apparemment du bruit que faisait le métier à tisser et a fini par lui donner son nom. On n’a pas souvent l’occasion de l’utiliser, mais vous pourrez peut-être de temps en temps danser sur les chansons d’un groupe de musique lyonnais du même nom. Le groupe n’existe plus, mais un de ses membres, Reno Bistan chante toujours (je ne vous ferais pas l’insulte de vous expliquer d’où vient son patronyme). http://www.renobistan.com

 

  1. LE BOUCHON

Du bouchon, on sait que c’est un restaurant lyonnais qui sert les spécialités de la région. L’ambiance se doit d’y être simple et conviviale.
Le terme viendrait, semble-t-il, du fait que les patron-nes des établissements se servaient d’une botte de branchages (appelée aussi bouchon) comme enseigne.
Voici une sélection serrée, mais vous pouvez y aller les yeux fermés (et la bouche grande ouverte), parce que comme je me tue à le répéter, les lyonnaiseries ne souffrent pas la médiocrité :
Daniel et Denise, le bouchon des filles (rue Sergent Blandan dans le 1er) et également le Garet (rue du garet dans le 1er).

 

  1. LA FENOTTE

Je me demandais bien pourquoi Jessica, une des « chefs » de Girls take Lyon, nous « traite » toujours de fenottes.
Je ne pourrais pas vous donner d’indications de prononciation puisqu’elle ne nous a « traitée » que par écrit, mais je soupçonne un beau O fermé une fois de plus.
Une fenotte est tout simplement une femme. Et à Girls Take Lyon, forcément, il y en a et pas qu’un peu.
 

  1. LE GADIN

Se prendre un « gadin », c’est se ramasser une gamelle, se vautrer, se casser la figure. Tomber.
C’est le risque que tu prends en descendant les pentes par la montée de la Grande Côte en Velov’ quand il pleut après un apéro à la Croix-Rousse. Je suis une blogueuse sérieuse, je sais de quoi je parle, j’ai testé.
 

  1. LA VOGUE

J’ai fini par m’habituer à ce mot si bien que ce n’est pas l’un des premiers qui me soit venu à l’esprit en rédigeant cet article.
« La Vogue des marrons » qui dure tout le mois d’octobre à la Croix-Rousse, m’a rendu le mot familier.
C’est une fête foraine. Une des rares qui se passent encore en pleine ville, au dam de certains habitants du boulevard, sans doute.

Si les manèges ne vous enchantent pas plus que ça, allez faire un tour à « Vogue la galère ». C’est en septembre en général, organisé par le crieur public (mais ceci est une autre histoire…).
Une des plus jolies fêtes populaires à laquelle il m’ait été donnée d’assister.

vogue la galereVogue la galère

 Cette liste comme je le disais plus haut est un aperçu infime de ce qu’est le parler lyonnais. Celui-ci ne se parle plus, à part chez quelques anciens, mais il y a une certaine fierté à en émailler ses phrases.

Gérard Truchet et d’autres à Lyon ont fondé « la société des amis de Lyon et Guignol » et travaillent à la sauvegarde de cette langue.

Du coup, à Lyon, il est possible de prendre des cours de parler lyonnais, avec sérieux et humour évidemment, avec les amis de Lyon et de Guignol.

[quote]Quelles sont vos expressions typiques et préférées lyonnaises ? [/quote]

 

* Wikipedia

 

24 Comments

  • Cali 15 février 2015

    Hum depuis que je suis arrivée ici, j’entends plusieurs fois le mot « pelo » pour designer un gars j’suppose que c’est typique region lyonnaise ça aussi, vu que je ne l’ai entendu nulle part ailleurs ^^. Ou alors c’est une nouvelle mode linguistique et « je suis trop vieille pour ces conneries » :D.

    Article intéressant au passage ^^

  • Adélaïde Boucherat 16 février 2015

    Comme Cali, j’ai découvert le mot « pélo » en arrivant à Lyon. Et il est beaucoup utilisé, je l’entends très souvent !
    Et tu as aussi oublié d’évoquer le « y » lyonnais, cette manie locale de bousculer la syntaxe en mettant des « y » partout, tout le temps !

    C’est marrant, moi aussi j’ai découvert le mot gône grâce au livre d’Azouz Begag 😉

  • flo 1 mars 2015

    Super
    Je me sens un peu moins perdue..
    Par contre… Un vieux doute: le o ouvert se prononce « ô », mais j’ai pourtant entendu certains des mots présentés ici prononcés avec le o ouvert… Erreur dans l’article ? Ou prononciations différentes possibles ?
    Merci !

  • Laura 3 mars 2015

    Pelo doit probablement être typique de la région, puisque je l’entends depuis que je suis petite, donc a priori pas une nouvelle mode linguistique pour les jeunes.
    Le « y » partout effectivement est très particulier.
    Je voulais aussi mentionner un terme que plusieurs amis ont pointé du doigt en arrivant à Lyon: « rue de la Ré », utilisé partout-tout-le-temps-sans-explication, que les nouveaux mettent plusieurs mois à déchiffrer. Rue de l’arrêt? Rue de la raie? Rue de la Rée? Mais c’est où? 🙂

    • Raphaelle 26 juin 2015

      Rue de la Ré : Rue de la République piétonne

      Commence de la Place Bellecour, place de la Répblique (vers Printemps), Place des Cordeliers (ensuite elle n'est plus piétonne) jusqu'à l'opéra !

      Mot lyonnais aussi : équeuvilles (les ordures)

  • Joelle 26 juin 2015

    D’une vieille lyonnaise de 63 ans qui parle encore lyonnais et qui vient de prendre un sacré coup de vieux en passant au statut d’ancienne » :o) : le pot se prononce bien ô, mais le gone et la fenotte se prononce comme la vogue, sans accent Le pelo n’est pas du lyonnais mais un terme de la campagne de la région .
    Le gone est un natif de Lyon, et peut avoir tout age, pas forcement un enfant qui est un p’tit gone. Mais il est surtout utilisé pour interpeler les enfants « Oh, les gones ! »

  • Alexandra 27 juin 2015

    Il y en a beaucoup d’autre! Élevée par une grand-mère Lyonnaise, j’en connais quelques une (avec quelques doutes parfois sur l’orthographe):
    – la poutrone (la poutrôôône): la poupée
    – la pate : vieux vêtement. Ça peut être aussi un vieux vêtement transformé en chiffon pour faire la poussière. « Aujourd’hui je passe la pate ».
    – le fourbis: le bazar
    – un ou une (?) amphigouri : une situation embrouillée.
    – la Pélagie, la Pétronille: femmes aux moeurs légères
    – le bistancoin: petit truc
    – bouliguer quelqu’un : presser quelqu’un, le bousculer pour qu’il se dépêche.
    – le traquinet: le fauteuil roulant
    Il y en a d’autres qu’on utilise tous les jours sans savoir que c’est Lyonnais. On le sait quand on voit l’œil vide de certains de nos interlocuteurs parfois 😀

  • Corzy 2 juillet 2015

    Je confirme, on ne prononce pas du tout gone avec le o de rose, mais bien comme le o de encore. Je ne comprend pas pourquoi les parisiens veulent absolument l’écrire avec un accent circonflexe.
    Cela dit, il y a des mots dans l’article que j’utilise couramment sans même savoir que c’est pas français. Amusant. Merci

    • un gone 2 septembre 2016

      on prononce gône comme Rhône !

      • Pascal 12 septembre 2016

        Pas du tout… ou alors tu prononces très mal Rhône!

      • Domgone 12 mai 2024

        Absolument pas, le O de gone est un O qui se prononce entre le O et le E comme dans pomme voire plus près du E que du O. Prenez exemple sur les bisontins qui disent « velo ».

  • Monique 13 avril 2016

    Les lyonnais croix-roussiens qui descendent beaucoup la colline pour aller « en ville ! » disaient et disent encore qu’ils débaroulent la colline.

  • Gindro 22 avril 2016

    le pelo la vioc la gadji la ronbiere la tonbé la poutrone

  • Bernard DOMPOINT 1 juin 2016

    Bonjour a toutes et a tous,
    Pour être un natif de lyon et de sa région, je voudrais confirmer ou infirmer quelques remarque citées plus avant.
    Oui pour le Y à toutes les sauces, du genre « j’y vais ».
    Le « Pelo »: C’est un gars, un mec etc…Utilisé souvent pour se sustuer à: « Il n’y a pas grand monde, il n’y a pas un rat »….sous la forme « il n’y a pas un pelo ».
    Fenotte vogue et gone se prononcent comme « bonne », et certainement pas avec un un accent circonflexe!
    Oui pour la poutrône, avec une extension pour une poupée.
    Rue de la Ré: Affirmatif il s’agit sans hésitation de la rue de la République. Usage courant , comme par exemple la rue Nat à Villefranche sur saône qui est, bien sûr la rue Nationale.
    La vioque,La rombière=La vieille
    A+

  • un gone 2 septembre 2016

    un gadin ce n’est pas tomber mais un caillou.

  • Laurence - Bonjour Lyon 16 octobre 2016

    Héhé je connaissais pas mal des expressions que tu présentes dans ton billet, mais Gadin, je ne savais pas que c’était du lyonnais. Ca s’utilise aussi quand tu prends un râteau avec quelqu’un je crois !

  • vingere 6 juin 2017

    talion 69 pelo c est de l argot qui veut dire mec , raclot . rien a voir avec le patois

  • MIALHE 28 août 2018

    Bonjour les Amies(is),
    Je me suis lantibardaner sur toutes vos petites réflexions, et gérémiades, je pense qu’il y aurait pas un rat, mais non, je me suis embarlificoter dans mes idées creuses! sûre que ça m’a bien fait bourliguer, mais bien contente du résultat, vous êtes toutes bien chenuses, les fenottes,et bien canants, pas de doûte!
    Mais comme de partout, y’a ben toujours quèques Pélagies et poutrônes qui veulent se crêper le chignon, voulant toutes vider leurs équevilles, ces vipères, devant l’une ou l’autre!
    l’une, portant beau linge, et l’autre habillée comme 1 serpillère agonisante, sortant de la souillarde, non d’un rat!!! quel pestacle, mes Belins, Belines!!!
    Amusez-vous à me lire, en attendant, je vous la coque bien!
    A la revoyure : Cerise

    • Sophie Duarte 29 août 2018

      Cerise, merci pour ce commentaire amusant et très plaisant 🙂 À la revoyure itou !

  • PERRET 12 février 2019

    On ne parle pas du verbe « goner »?
    Je l’ai souvent entendu au sens de fagoté, mal habillé…

    • Alain Griveaux 6 septembre 2021

      Le verbe « goner » s’écrit en fait « gauner », voir Le Littré de la Grand’Côte de Nizier du Puitspelu article gauné, ée ; page 181, Edition Jean Honoré Editeur, Lyon, 1980.

  • Norbert Gabriel 17 août 2019

    Salut je lis « . Le Gone (en prenant bien l’accent lyonnais avec le O fermé de « rose ») » c’est faux, « gone » ça se prononce comme téléphone, ou ou pomme, mais comme téléfaune ou paume..

    Norbert Gabriel ex Pierre Bénitain des années 50 …

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